

On s’est aimés dans presque rien,
Un lit, deux chaises,
un café le matin.
On avait peur de manquer d’argent,
Mais pas de nous,
pas à vingt ans.
Puis le mariage, puis les enfants,
Une maison qu’on paierait longtemps.
On disait : « Quand tout sera fini,
On prendra du temps
pour notre vie. »
On rentrait tard,
on parlait des factures,
Du toit à faire,
de la prochaine peinture.
On remettait nos baisers
à demain,
On avait toujours quelque chose en moins.
On bâtit tout, on casse tout,
Qu’est-ce qu’on a fait de nous ?
La dernière échéance est payée,
Mais plus personne à embrasser.
Pourquoi promettre pour toujours
Si c’est pour partir un beau jour
? Vivre sans amour,
C’est mourir un peu chaque jour.
Je ne sais plus quand tu m’as quitté,
Tu vivais là, tu m’avais déjà laissé.
Moi, je parlais de nos prochaines années,
Toi, tu savais que tu allais t’en aller.
J’aurais voulu que tu me le dises Avant les silences,
avant les valises.
Ça fait si mal d’apprendre un matin Qu’on était seul à y
croire encore pour deux.
On bâtit tout, on casse tout,
Qu’est-ce qu’on a
fait de nous ?
On sait combien la maison valait,
Pas ce que notre amour coûtait.
Pourquoi promettre pour toujours Si c’est pour partir un beau jour
? Vivre sans amour,
C’est mourir un peu chaque jour.
Nos enfants nous ont vus nous défaire,
Partager les meubles, ne plus savoir se taire.
Aujourd’hui, quand on leur parle d’engagement,
Ils disent : « On verra,
on a le temps.
» Ils ont nos histoires dans la tête,
La peur qu’un jour la leur s’arrête.
Comment leur dire de ne pas avoir peur Quand c’est chez nous
qu’ils ont vu le malheur ?
Et les anciens, comment faisaient-ils
? S’aimaient-ils mieux quand c’était difficile ?
Ou gardaient-ils leurs peines pour eux,
Sans jamais dire s’ils étaient heureux
? Je ne veux pas qu’on reste par devoir,
Ni qu’on se mente pour sauver les apparences.
Je voudrais qu’on se parle avant le départ,
Qu’on donne à notre amour une chance.
On bâtit tout, on casse tout,
Mais je veux croire encore en nous.
Pas dans les murs,
pas dans l’argent,
Dans une main qu’on prend vraiment.
Est-ce qu’on peut s’aimer toujours,
Se choisir encore au fil des jours
? Vivre sans amour,
C’est mourir un peu chaque jour.
J’avais bâti pour être avec toi.
La maison est là.
Et toi, tu n’es plus
là.