

À quatre heures et demie,
la grille
s'ouvrait.
Et nous,
on courait.
La balle contre le mur.
Nos vélos sur le trottoir.
Une voix d'en
haut appelait mon prénom.
Je levais la tête
: « Encore cinq minutes
! » Le jour pouvait attendre.
Encore cinq minutes.
Rien que cinq minutes.
À l'époque,
cinq minutes
avaient la taille d'un été.
Encore cinq minutes.
Puis je rentre.
La balle contre le mur.
Les vélos
étaient déjà
partis.
Une
fenêtre
s'allumait.
La rue devenait bleue.
Quelqu'un
appelait
encore mon prénom.
Je répondais moins fort
: « Encore cinq minutes.
» Je ne sais plus
quel soir fut le dernier.
Personne ne m'avait dit que ce serait
la dernière fois.
Pas de cérémonie. Pas d'au revoir.
Seulement ma voix
: « Encore cinq minutes.
»
Le mur est toujours là.
Peut-être.
Je n'entends plus
les vélos.
Aucune fenêtre
ne s'ouvre.
Personne n'appelle mon prénom.
Encore cinq minutes.
Aujourd'hui,
elles passent trop vite.
À l'époque,
cinq minutes
avaient la taille d'un été.
Encore cinq minutes.
Juste assez
pour ne pas rentrer
tout de suite.
Puis je rentre.