

Bienvenue, bienvenue, entrez donc,
ne restez pas dehors,
J'ai justement quelque chose qui devrait vous plaire encore.
Je suis votre humble vendeur,
votre ami, votre confident,
Je connais vos petites faiblesses mieux que vous,
évidemment.
Ne soyez pas gêné,
voyons… je ne juge absolument pas.
Je fais simplement remarquer ce que votre miroir dit tout bas.
Et si vous trouvez votre reflet
un peu difficile à supporter,
J'ai quelques produits charmants
pour vous aider à l'oublier.
Ici, tout est délicat,
Tout est fait pour votre confort.
La honte ? Première étagère à gauche.
Le silence ? On le garde en réserve,
Tout au fond du corridor
!
Premier rayon
: la honte de soi,
une valeur sûre. Elle s'utilise chaque matin,
sur toutes les blessures.
Deuxième rayon
: les reproches, « Trop »,
« jamais », « pourquoi
? » En petits flacons : « C'est entièrement votre faute.
» Troisième rayon
: ma galerie d'art,
collection personnelle, Les traces que la souffrance laisse sur la peau… Je
vous murmure qu'elles sont une preuve de contrôle.
Car je suis très discret,
moi. Je ne donne jamais d'ordre.
Je préfère déposer une idée,
puis la regarder prendre racine.
Ici, tout est délicat,
Tout est fait pour votre confort
! La honte
? Toujours là.
Le silence
? Il vous connaît déjà.
(Tu pourrais te punir !) (Tu mérites bien ça
!) Personne ne saura
!
Puis vient mon rayon préféré : l'assiette !
Une simple bouchée devient un reproche,
Un repas devient une faute,
et une faim devient un procès.
Je
souffle : « Encore…
» Et quand elle devient trop lourde : « Il faut bien
réparer. » Je remplace « destruction » par « contrôle »,
« Souffrance » par « soulagement »,
Et « honte » par « vérité
». Car je ne suis pas un monstre qui hurle.
Moi,
je ronronne...
Ici, tout était délicat,
Tout était fait pour votre confort.
La honte…
c'est vous.
Le silence…
c'est moi.
« Bienvenue. Je savais que vous reviendriez.
» La porte se referme.
Et derrière le comptoir,
le vendeur sourit.