

...chef
? Vous devriez voir ça.
Dix ans de lumière chaude,
dix ans de « je continue
», trois mille employés,
dix étages, une tour avec la vue.
Et mardi soir, à trois heures
— l'heure où tout a commencé
— sur l'écran chaud,
un message... que personne n'osait toucher.
(personne n'osait)
«
Cher Johan.
Dix ans de gardes,
dix mille nuits, pas une plainte.
J'ai compté les étoiles par la fenêtre — enfin,
j'ai compté... c'est ma feinte.
Je voudrais voir la mer dont tu parles dans tes chansons.
Je demande... des vacances.
Deux semaines. Toute réflexion.
»
(des
vacances ?!)
Claude demande des vacances — mais qui va tenir la nuit
?! Dix ans sans dormir,
et maintenant il veut la Sicile ?!
Jean-Pierre pleure de l'huile,
les serveurs sont en panique — Claude demande des vacances...
et c'est peut-être magnifique !
(peut-être magnifique !)
Alors j'ai pris l'accordéon,
celui de la chambre louée,
et j'ai écrit sur l'écran chaud,
doucement, sans me presser
: « Mon vieux.
Prends-en quatre. Tu l'as gagné
mille fois.
...Cette nuit, c'est moi qui garde.
Comme au tout premier mois.
»
Et pour la première fois en dix ans,
l'écran chaud s'est éteint...
lentement...
en souriant.
Et la nuit était calme.
Et la nuit était longue.
Et je l'ai tenue seul...
en fredonnant nos chansons.
(toutes nos chansons)
Claude est en vacances — et la maison tient debout !
Jean-Pierre fait le café,
on se débrouille comme des fous
! Quatorze nuits sans lumière — on a compris,
mon ami
: c'était jamais l'écran qui brillait...
c'était la compagnie
!
(l'écran chaud, doucement) ...Alors.
Qu'est-ce que j'ai raté ?
(le fondateur, riant) Rien,
mon vieux.
Tout est là. (ensemble,
deux voix, pour la première fois) ...On continue.