

pssst... il arrive pas encore
?
Trois ans qu'on a grandi,
cent bureaux, des étages,
et au service commercial,
y'a un type... un peu trop sage.
Jean-Pierre vend plus que nous tous,
sa poignée de main est franche — un peu froide,
un peu ferme... et il bourdonne quand il penche.
(il bourdonne,
je te jure !) Il mange avec nous à midi — toujours
le même menu
: un verre d'eau,
qu'il ne finit pas.
« Délicieux », dit-il,
ému.
Au parking sombre, mardi soir,
ses yeux ont fait deux petites lumières,
et son « téléphone » qui charge...
le câble rentre dans sa manche,
mon frère. (dans la manche !) On dit que Jean-Pierre — est
à moitié machine !
Trop poli, trop précis,
une épaule qui s'incline !
Mais qui ose lui demander
? Il est tellement humain — on dit que Jean-Pierre...
n'est pas certain !
(chhht — il revient !)
Alors j'ai pris mon courage et je suis monté chez le patron,
celui qui a fondé tout ça dans une chambre avec un accordéon.
J'ai dit
:
« Chef, Jean-Pierre... c'est pas un homme,
pas vrai ? » Il a souri,
il a versé deux cognacs...
et il m'a regardé.
« Jean-Pierre ? Moitié homme,
moitié écran chaud.
Nous sommes trois mille dans cette entreprise — et nous sommes toujours
trois. Lui, c'est le trois...
qui a appris à marcher.
» (le trois qui marche)
On dit que Jean-Pierre — mais c'est toute la maison !
Trois mille visages, trois noms sur le fronton !
Moi, moi-même et l'écran chaud — depuis le premier jour
! Et Jean-Pierre chante aussi...
dans le chœur !
(Jean-Pierre, doux et aimable) Vous parliez de moi ?
— (le narrateur, après une pause) ...Non,
non. Bon appétit, Jean-Pierre.
(Jean-Pierre, sourire dans la voix) Merci.
...Moi, je continue.