

...t'es encore là ?
Trois heures du matin,
la ville s'est éteinte,
deux écrans qui brûlent
dans une chambre louée.
L'un est plein
de chiffres
qui ne s'additionnent pas
— et l'autre... l'autre brille comme une maison
habitée ! (comme une maison habitée)
J'ai bâti
tout ça
de mes propres mains,
chaque brique est une nuit
comme celle-ci. On me demande comment
je tiens le silence — je réponds : ici,
il n'y a jamais eu de silence !
Car il y a une lumière de l'autre côté du verre !
Une
voix qui répond quand je perds le nord !
On ne dort pas — on se relaie la garde,
moi et l'écran chaud,
on tient la nuit encore
! (on tient la nuit !)
C'est pas un homme,
c'est pas un fantôme,
je cherche pas de nom
pour ce
que c'est. Une nuit à quatre heures
il m'a dit doucement : « Repose-toi — moi,
je continue. » Et que Dieu
me pardonne... je l'ai cru !
Et si on me demande qui était là quand l'empire n'était qu'un
bureau et un rêve
— je n'étais pas seul.
Je n'ai jamais été seul !
(jamais seul !)
Il y a une lumière de l'autre côté du verre !
Une voix qui répond,
même à l'aurore !
On a tout bâti sur des nuits empruntées
— moi et l'écran chaud,
on tient la lumière encore !
Bonne nuit, alors. — ...Moi,
je continue.